Je reçois un carton m’invitant à participer, vendredi 15 janvier à 18 h, à une réunion de préparation au grand débat sur l’identité nationale. Le thème de la réunion est formulée de façon simple, brutalement directe : « Etre Français ».
Je ne peux pas m’empêcher de remarquer que cette réunion se tiendra dans la salle René Cassin, dont l’adresse est rue Anatole France…
René Cassin, prix Nobel de la Paix, rédacteur de la déclaration universelle des droits de l’homme et compagnon de la Libération, issu d’une vieille famille ayant souffert des conceptions étriquées de l’identité nationale, devait avoir sur ce sujet un avis intéressant… et Anatole France, prix Nobel lui aussi (mais de littérature), auteur des « Dieux ont soif » dans lequel il décrit la bassesse et la férocité des esprits et des comportements pendant la période révolutionnaire française, devait penser des choses savoureuses sur le sujet…
Je le dis franchement, je suis très réservé sur ce débat.
Non pas qu’il ne faudrait pas parler de l’identité nationale, sous le prétexte fallacieux de réveiller de vieux démons ou de provoquer un débordement d’extrémismes aussi variés que nauséabonds…On peut parler de tout, et surtout de cette question fondamentale de savoir ce qui nous rassemble au sein de la communauté nationale. Le sujet est important, et il n’est pas honteux. Notre société change vite et il n’est pas anormal qu’elle s’interroge sur elle-même . Au cours des discussions que j’ai pu avoir au Havre, avec des militants de l’UMP, des responsables associatifs ou des amis, j’ai constaté que les questions étaient nombreuses : faut il accepter la Burka ? Peut on accepter que la marseillaise soit sifflée dans les enceintes sportives ? Les règles relatives à l’accession à la nationalité doivent elles être revues ? Faut-il accorder le droit de vote aux étrangers non européens ?
Si je suis réservé sur ce débat, ce n’est donc pas parce qu’il n’aurait aucun intérêt.
C’est plutôt pour deux raisons.
La première est une raison de forme. Si les promoteurs de ce débat croient à son utilité et à sa légitimité (et je veux bien leur faire crédit de cela), alors ils auraient dû le prendre au sérieux, et ne pas exposer ce sujet à un soupçon de récupération politique. On aurait sans doute pu imaginer une autre méthode que celle consistant à faire lancer le débat par un membre du gouvernement, avec un calendrier serré et contraint, avant une élection au scrutin proportionnel, et dans des modalités très administratives. Il y a comme une caricature dans cette méthode…
La seconde est une raison de fond. Elle tient au fait que ce débat est en réalité déjà tranché. Tout ce qui peut être intelligemment dit sur le sujet l’a déjà été, par Renan, qui a montré combien la Nation Française était une construction politique, culturelle et volontaire, par Hugo, qui a illustré que ce qui reliait entre eux les Français n’était ni matériel ni ethnique mais au contraire spirituel et proprement politique, par la devise Républicaine enfin, qui nous rappelle inlassablement les fondements de notre union : Liberté, Egalité, Fraternité, auxquels on peut sans aucun doute rajouter l’idée de Laïcité, tant elle est au cœur de notre conception de la vie en société. Que veut-on dire de plus ? Que peut-on dire de mieux ?
Jean François Copé a répondu, presqu’en forme de boutade, à un journaliste qui l’interrogeait sur ce sujet par une réponse laconique : « Etre Français, c’est avoir une carte d’identité française ». Certains se sont émus de cette formule très légaliste. A la vérité, cette réponse courte et minimaliste en vaut bien d’autres : ce n’est pas dans le lien juridique qu’on peut mesurer l’intensité de l’appartenance à la Nation, et en même temps, rien ni personne ne peut légitimement contester cette définition sans s’exposer à une lamentable et inacceptable définition de ce que serait un « bon français ». Je n’oublie pas, pour ma part, que le seul moment où France s’est commise à retirer la nationalité française à des ressortissants à qui elle l’avait précédemment octroyée, c’était lorsque le Régime de Vichy appliquait sa conception de l’identité nationale.
J’irai donc à l’invitation du sous-préfet. Et je dirai ce que je pense. Et nous en reparlerons peut être ensemble…
La presse de ce jour signale vos réserves à propos du débat sur "l'identité nationale". C'est courageux de votre part et je veux vous en féliciter. Je veux aussi profiter de cette occasion pour vous faire part de mon opinion sur cette question importante. En effet, sur mon blog, j'ai, il y a plusieurs jours, produit mon avis. Je vous en livre l'intégralité ... Sans me tomper de beaucoup, je pense que la grande force de notre République est, d'abord, source de rassemblement ... Ce qu'à fond renversé, le débat "national", démontre par l'absurde !!!
"Le débat lancé par N. Sarkozy via son ministre de l'identité nationale E. Besson, risque de se terminer par le renforcement des idées du Fn ... qui n'en demandait pas tant pour revenir sur le devant de la scène électorale ! Certes, le piège peut se refermer sur ces initiateurs mais pour plus de certitudes je préfère prendre les devants !
Ainsi, selon les études d'opinion réalisées ces jours-ci, il semble que les Français ne soient pas dupes de la manoeuvre électoraliste de l'Ump et de Sarkozy en particulier : ce débat est un écran de fumée pour masquer les problèmes actuels.
J'ajoute que tout cela ne fera qu'attiser les craintes, les peurs, les actes racistes à l'égard de tout ce qui ressemble de près ou de loin au continent africain et nord africain. Outre que ce spectacle soit abjecte au plan interne, il ne renforcera pas le rayonnement de la France dans le monde ... mais l'Elysée doit s'en moquer, ce ne sont pas les "étrangers" qui votent.
Pour ma part, même si j'ai décidé de ne pas me préter à cette triste affaire, je vais tenter d'utiliser l'audience de ce blog pour donner mon point de vue.
Essayons de répondre tranquillement et sans arrière pensée à la question posée :
qu'est ce que l'identité nationale ?
Bien sûr, comme tout un chacun, je pense que ce qui fait l'identité française c'est notre drapeau, notre langue, notre hymne national mais aussi nos références aux droits de l'Homme et du citoyen, notre conception de la laïcité et de la liberté ...
Mais je pense qu'il ne faut pas s'arrêter à ces signes là., mêm s'ils sont très importants Car, ce qui fonde notre identité nationale est avant tout constitué par ce qu'il est convenu d'appeler "le pacte républicain", je m'explique :
Le pacte républicain, c'est ce qui fonde la république, au sens actuel du terme, c'est à dire tout ce qui a été construit et enrichit au fil de notre histoire et de ses exigeances, qu'elles soient sociales ou économiques et constituant ainsi l'ensemble des acquis de notre démocratie.
Citons les donc puisqu'ils sont nombreux : l'égalité des citoyens devant le suffrage universel, un homme une voix, l'accès libre et gratuit au savoir, l'éducation nationale de la maternelle à l'université, le libre accès à la justice, mais aussi, la présomption d'innocence, le droit à la sécurité, les services publics, le statut des fonctionnaires, l'hopital public, l'égalité (même relative !) entre les hommes et les femmes, le code du travail, le smic, les conventions collectives, la négociation collective, le Rsa, la sécurité sociale, les retraites par répartition, le droit d'association ... enfin et surtout parce que j'oublie surement certains éléments du pacte, ce que l'on peut résumer par la formule de l'Etat de droit.
Mais s'arrêter à la définition de ce qu'est, pour moi, l'identité nationale, n'est que la moitié du chemin à parcourir si on veut que le débat soit porteur de sens et d'espérance ! En effet, il me semble que c'est à travers cette définition, vue comme un prisme ou une nouvelle grille de lecture, qu'il conviendrait que nous nous interrogions sur les avancées ou les reculs des éléments de notre pacte républicain.
Aujourd'hui, si on prend l'égalité de tous devant la justice, il y a des avancées ou des reculs ? (je pense à la suppression des juges d'instruction notamment), le code du travail, il y a des avancées ou des reculs ? (je pense aux CDD qui supplantent de plus en plus les CDI) et je pourrai allonger le liste, (je pense aux services publics du fait du non remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite) ...
Et puisque je suis un élu politique de gauche, je prolonge encore par une dernière réflexion : si la gauche donnait ce sens là aux débats sur l'identité nationale ... alors la droite serait bousculée dans ses certitudes et la question du regard porté sur "l'étranger" passerait à la trappe, les questions sociales et sociétales redevienant le coeur des préoccupations !"