| Thème : | J'ai aimé ! - Le Havre |
Intéressante réunion samedi après midi, autour de Jean-Luc Roméro, président de l’ADMD (Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité). Près d’une centaine de personnes s’étaient déplacées pour écouter et pour débattre avec un homme pour qui j’ai amitié et estime.
Je connais Jean Luc Romero depuis 2002. A l’époque il était membre de l’UMP, et je me souviens parfaitement de son enthousiasme lorsque nous avons créé ce nouveau parti. Comme beaucoup d’autres, comme moi, il pensait qu’il était plus que temps de rassembler les familles politiques de la droite dans une formation moderne et ouverte qui dépasserait enfin les guerres intestines qui ont tellement nuit à nos idées.
Aujourd’hui Jean-Luc n’est plus membre de l’UMP, et il siège sur les bancs des radicaux de gauche au Conseil Régional d’Ile de France. Il a soutenu François Bayrou à la présidentielle. J’en connais qui lui en veulent d’avoir changé de famille politique. Je n’en fais pas partie. D’abord parce que si Jean Luc a changé de parti, il n’a pas changé d’idées. Il reste attaché à des combats auxquels il croit, il les livre avec une énergie impressionnante, il est ouvert, tolérant, courageux et cela me suffit. Je note à cet égard que les gens de droite qui lui en veulent sont généralement moins critiques lorsqu’ils parlent de ceux qui viennent de la gauche pour aller vers la droite… Je note en outre que c’est souvent la partie la plus conservatrice de la droite qui fustige les choix de Jean Luc, ce qui n’est ni surprenant, ni critiquable d’ailleurs, mais ce qui ne correspond pas à mes convictions.
Bref, j’aime bien Jean Luc, on l’aura compris.
La réunion qu’il présidait samedi n’avait rien à voir avec ses choix partisans, mais elle faisait partie de ces vraies réunions politiques importantes. On n’y a pas parlé parti politique. On y a parlé Politique. Il s’agissait de débattre du droit à mourir dans la dignité, de l’euthanasie, bref de la décision consciente d’un citoyen de se faire aider pour mettre un terme à sa vie lorsqu’il le décide, en raison d’une souffrance ou d’une dépendance qui lui deviennent insupportables.
Redoutable question de société. Redoutable question individuelle aussi d’ailleurs. Que faire à l’approche de sa mort, que faire face à l’agonie d’un proche, au nom de quoi interdire à quelqu’un atteint un mal incurable et qui souffre de mettre un terme dignement à sa vie, mais où placer la limite ? Faut-il une loi ou doit on préférer s’en remettre à des arrangements discrets entre les malades, les familles et les médecins ?
La question est compliquée, et on sent bien que depuis plusieurs années, à cause de drames médiatiques poignants comme ceux de Vincent Humbert ou de Chantal Sébire, le débat public progresse sur le sujet. Le législateur s’est prononcé, même s’il n’a pas été aussi loin que beaucoup le souhaitaient.
Je ne suis pas certain d’avoir un avis définitif sur le sujet. Je revendique sur cette question le droit à une réflexion approfondie. Mais je retiens plusieurs choses de cette réunion passionnante : d’abord le fait que le clivage entre ceux qui soutiennent l’idée d’une loi autorisant l’euthanasie et ceux qui luttent contre cette idée n’est pas un clivage gauche-droite. L’association que préside Jean Luc est soutenue aussi bien par des élus de gauche que par des élus de droite. Ce n’est pas surprenant, au fond, mais c’est tant mieux.
Je retiens ensuite que la position de l’ADMD est pour l’essentiel fondée sur l’idée de liberté : il s’agit d’autoriser des citoyens à choisir. Rien n’est imposé, évidemment, ni à ceux qui souhaitent faire ce choix, ni à ceux qui ne le souhaitent pas.
Comme le faisait justement remarquer une dame qui s’exprimait au cours d’un film diffusé pendant la réunion, il est possible de faire un parallèle avec l’IVG : il ne s’agit pas de forcer qui que ce soit, il s’agit d’autoriser ceux qui le souhaitent à faire un choix, qu’ils sont les mieux à même de faire puisqu’il les concerne directement.
Je retiens enfin quelque chose qui choquera peut être Jean Luc Romero et ceux qui sont favorables à l’intervention du législateur en la matière. C’est le temps. La question est compliquée, et il est finalement assez bon que le débat public prenne forme lentement et qu’il évolue en laissant à chacun le temps de se faire une idée. Je ne crois pas qu’on puisse légiférer rapidement sur ces questions. Il faut qu’elles mûrissent, que chacun s’exprime, qu’un nombre suffisant de citoyens s’interroge.
Et bientôt, lorsque grâce à l’action inlassable d’hommes comme Jean Luc, le débat aura gagné en force et en intelligence, il reviendra au législateur de prendre la bonne décision.
Nous aurons l’occasion d’en reparler.