J’ai 39 ans. Je suis marié depuis 2002, et ma femme et moi avons deux petits garçons.
Juriste de formation, j’ai travaillé au Conseil d’Etat pendant 5 ans. A la suite des élections législatives de 2002, Alain Juppé m’a proposé de créer avec lui l’UMP, qui devait rassembler toutes les formations politiques de la droite et du centre dans un grand mouvement populaire. J’ai accepté avec enthousiasme, et, pendant deux ans, j’ai eu l’immense plaisir d’être le directeur général de ce nouveau parti, sous la présidence d’Alain Juppé.
Lorsqu’Alain Juppé a du démissionner de ses fonctions, à la fin de l’année 2004, j’ai considéré qu’il était normal de le suivre, et je suis devenu avocat, spécialisé en droit public des affaires. Le métier d’avocat est passionnant, et m’a permis de compléter ma pratique du droit. J’ai découvert la redoutable efficacité des cabinets d’avocats d’affaires.
Depuis 2007, je suis cadre supérieur dans une grande entreprise publique spécialisée dans l’énergie.
Toute la famille de mon père est havraise et vit au Havre : mes parents, mes oncles, mes tantes et mes cousins y habitent, mes grands parents et mes arrières grands parents y sont enterrés. Le Havre est ma ville. Même si j’ai habité de nombreuses années à Rouen et en Allemagne, même si je suis parti à Paris pour faire mes études, je me sens profondément Havrais.
Ma fascination pour Le Havre, je la dois avant tout à mon grand-père, Charles PHILIPPE.
Né à Octeville sur mer, en 1920, dans un milieu très modeste, il a toujours été pour moi un exemple. Il avait du interrompre ses études dès 14 ans (probablement à contre cœur parce qu’il devait être très doué) pour commencer à travailler et améliorer l’ordinaire d’une famille qui vivait avec peu. Jusqu’à la guerre, il a travaillé sur le port du Havre et, le dimanche, était caddy au golf du Havre. Je précise que je ne l’ai jamais entendu se plaindre de cette période de sa vie : il n’avait pas le sentiment d’accomplir quelque chose d’extraordinaire et vivait la vie de bien des Havrais d’une époque qui n’était pas toujours facile.
Juste avant la guerre, il a contracté la tuberculose.
Il aurait sans doute eu du mal à se faire soigner dans de bonnes conditions sans l’intervention d’Edouard Senn, héritier d’une grande famille havraise qui a financé son traitement et son séjour pendant plus de trois ans en sanatorium dans les Alpes. Chaque mois, Edouard Senn envoyait à mon grand père des livres, pour qu’il s’occupe mais surtout pour qu’il se cultive. A son retour de convalescence, mon grand père, affaibli et en assez piteux état, a été engagé par Edouard Senn. D’abord comme commis, puis comme chauffeur, puis dans une des sociétés de Senn, qui était spécialisé dans le négoce du Coton. Mon grand père a fini sa carrière comme directeur général de cette société, la SOCEA, qui était installée quai George V au Havre, et dont je me souviens parfaitement.
Evidemment, si je m’appelle Edouard, ce n’est pas un hasard.
J’ai eu l’occasion de raconter cette histoire, à Helène Senn-Foulds, la fille d’Edouard Senn, qui se souvenait très bien de mon grand père et aussi de mon père et de son frère jumeau. Une belle complicité entre nous est née, et j’ai été particulièrement heureux lorsqu’Antoine Rufenacht m’a demandé de me mettre à la disposition d’Hélène Senn pour régler les questions juridiques relatives à la donation à la ville du Havre de la fabuleuse collection de peinture impressionniste constituée par Oliver puis Edouard Senn, qui a enrichi le musée Malraux il y a trois ans.
C’est mon grand père qui m’a fait découvrir, le premier, le port du Havre, ses hangars, ses odeurs. Il habitait dans une des tours du Quai de Southampton, et regardait, jour après jour, les bateaux entrer dans le Port du Havre. A la fin de sa vie, sa situation professionnelle était tout à fait satisfaisante, et il aurait sans doute pu s’acheter une grande maison à Octeville. Ma grand-mère aurait apprécié. Mais il a toujours voulu rester quai de Southampton, pour voir les bateaux arriver et repartir, pour voir l’estuaire de la Seine, pour voir son port.
Mon grand père est mort le 5 janvier 2002, le jour de la Saint-Edouard. Il n’a pas connu ceux de ses arrières petits-fils qui portent son nom. Mais il a eu le temps de me voir élu au Conseil municipal du Havre, et même adjoint au maire. Et moi j’ai eu le temps de voir son sourire quand tout cela est arrivé. Un sourire vrai, simple et chaleureux. Un sourire fier. Mais je ne sais pas lequel de nous deux était le plus fier.